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Les suggestions de Maxime

D’abord, un peu de moi !

Quand j’ai débuté mon baccalauréat en littérature et philosophie, la certitude que je ne deviendrais jamais populaire fut aussi évidente que la faible rémanence de mes divagations au comptoir de café après avoir traversé le seuil de la porte. Et peut-être également devrais-je m’abstenir pour mon premier article, comme avec mes collègues libraires aux premières heures d’ouverture, de mentionner le mot « philosophie ». Pourtant, en dépit de toute cette sagesse bien investie, je m’offre la liberté de vous proposer deux œuvres à la verve lucide, parfois acérée, qui invite à la réflexion sur notre quotidien en offrant également un bon divertissement.


9782760948259
Leméac Éditeur
18,95$

Absence d’explosion de Thomas O. St-Pierre

Ce fut avec un franc plaisir cynique que je pus découvrir pour la première fois la plume de Thomas O. St-Pierre dans ce bref roman aux chapitres entremêlés d’essais intimes : Absence d’explosion.

Absence d’explosion instaure son récit universitaire dans une faculté de philosophie. Pourtant, au contraire de mettre en scène la vertu et la « Raison » de ces autorités enseignantes et intellectuelles, ce sont les faiblesses humaines et les lacunes de l’ego qui sont sous les projecteurs. Avec une narration descriptive (parfois peut-être trop explicative) dépourvue de fioriture, Thomas O. St-Pierre devient le cartographe des espaces intimes entre les idéaux et les actions, de ce que nous croyons être, ce que nous croyons projeter et ce qu’il en est réellement. La jalousie et l’orgueil l’emportent sur la sagesse et la sagacité, résultant des discours intérieurs où chacun des protagonistes (de l’enseignant « vieux garçon » jusqu’à l’étudiant de maîtrise prostré dans ses frustrations) justifient leurs actes par des mensonges et calomnies. De véritables gymnastes dans la gestion de la culpabilité. Or, cela résulte-t-il à l’impossibilité de conjuguer la sagesse philosophique à la vie quotidienne ? Aucun verdict n’est véritablement tranché, hormis qu’une telle vie est extrêmement ardue et que les exemples historiques de philosophes étant parvenus à cet exploit sont rares. Échec de la philosophie ? Plutôt humanisation de celle-ci. Au travers de chapitres plus intimes et essayistes, Thomas O. St-Pierre présente quelques figures marquantes dans l’histoire de la philosophie, tels que Cioran, Platon et Tolstoï. Avec un verbe objectif, mais également attaché à ceux-ci, il fait la lumière sur leurs incohérences et leurs failles, créant une résonance nous éclairant pour les chapitres suivants. Les profanes encore stigmatisés par les cours au cégep n’auront pas à craindre ces passages dénués de lourdeur.

Une lecture fort divertissante et qui clarifie la nature de l’égocentrisme et de la culpabilité, que ce soit dans nos relations au travail, à la maison ou avec soi-même. À savoir que l’honnêteté est un décapant efficace contre notre vernis.


9782897661632
Éditions du Noroît
23,00$

Les grandes fatigues d’Isabelle Dumais

Il est difficile de présenter un recueil de poésie sans prendre part à son langage.

Philosophique ou poétique ? Les deux ? Va savoir, mais Les grandes fatigues est un recueil cyclique sur les remous essoufflés d’un quotidien, vacillant entre l’enthousiasme et le naufrage. Les projets, les plaisirs et divertissements ; une course effrénée vers la prochaine nouveauté pour nous émouvoir et trouver un sens dans ce no man’s land. Qu’importe le prix pour un instant de couleur et de lumière, pour éviter l’absurdité grisâtre, cet ennui qui règne entre deux projets, entre deux livres ou deux écrans.

Ceci n’est pas un récit bipolaire, mais une voix sensible qui expose avec justesse et jeux de lumière la faiblesse de nos plaisirs fugaces dans une société postmoderne, peut-être elle-même essoufflée. C’est avec plaisir que je vous recommande ce recueil, doux, amer et assaisonné à la Schopenhauer (heureusement sans son aigreur !), pour ce Mois de la poésie toujours hivernal.

Et si l’ennui vous guette, pas de panique ! Il reste toujours de nouveaux livres à lire.

Maxime Fiset

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