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Thorgal au cœur de la folie

9782803635481
Thorgal tome 35 – Le feu écarlate | Le Lombard

Thorgal au cœur de la folie

Voilà déjà quelques temps que Thorgal Aegirson a quitté le Northland afin de retrouver son fils Aniel, enlevé par une secte baptisée les « mages rouges ». Bien loin de chez lui se trouve le héros au commencement de ce 35ème tome de la série : c’est entre les murs de Bag Dadh (c’est ainsi que s’écrit le nom de la prestigieuse cité dans cet univers!) que Thorgal a enfin retrouvé son fils. Mais trop tard : son endoctrinement par les mages rouges et l’éveil de son pouvoir sont déjà bien entamés. Histoire de compliquer les choses, Bag Dadh est assiégée par les Croisés de Magnus, ce dernier ayant réuni une telle armée que le sort des habitants de la ville ne laisse aucun doute. C’est au sein de ce chaos que « l’enfant des étoiles » doit prouver à son fils l’amour qu’il lui porte et sauver leur peau d’un bain de sang inévitable.

C’est le talentueux Xavier Dorison qui a repris le flambeau de la scénarisation et il le fait de façon magistrale. Dès la première planche, il laisse sa marque en introduisant l’action d’une façon inusitée pour la série. Les premières cases nous montrent des mains dans l’eau qui cherchent manifestement à agripper quelque chose. Insérés entre les cases, les phylactères nous plongent dans la pensée de Thorgal qui essaie de « rester calme » et qui, en même temps, nous résument les événements qui ont eu lieu entre cet album et le précédent. Les dernières cases présentent le supplice qu’est en train de subir le personnage principal : ses mains saisissent les barreaux de sa cage qui est retirée de l’eau. C’est une entrée en matière dramatique même pour un tel album envahi par la violence, la mort et la folie.

La folie : voilà bien le thème central de cet album. Si l’univers dans lequel évoluent l’enfant des étoiles et sa famille a toujours été imprégné par les pires excès de la barbarie, au cours de ce 35ème opus, c’est la folie attisée par les grandes religions organisées qui suinte à pratiquement chaque planche. Le serment que les adeptes des mages rouges obligent leurs prisonniers à faire est un calque de la profession de foi des musulmans. Qu’on ne s’y trompe pas toutefois : il faut ici les associer au fondamentalisme du genre « État islamique » et non à l’Islam dans son ensemble. Quant à Magnus et son armée de croisés, ils sont une représentation des pires excès auxquels s’est livré le christianisme. Cet univers violent fait de Thorgal, un héros romantique dans son expression la plus pure. Dans l’adversité de cet univers qui semble vouloir s’écrouler sur lui, envers et contre tous, Thorgal survit, protège les siens et leur insuffle force morale et espoir.

Le scénario, bourré d’action, de Xavier Dorison s’étend sur 50 planches. C’est la première fois qu’un album de Thorgal dépasse 40 planches. Et pourtant, le récit ne traîne jamais en longueur, les ellipses réussies permettant de faire avancer à fond de train un récit riche en symboles et en péripéties. Quant au génial Rosinski, il poursuit son magnifique travail en couleurs directes, une méthode qu’il utilise depuis le dyptique « La Vengeance du Comte Skarbek ». Pratiquement chaque planche de cet album est saturée de rouge, donnant au travail de ce bédéiste hors du commun une dimension d’une grande puissance symbolique. Retraverser les quarante années depuis que Thorgal est condamné à mort par le roi Gandalf-le-Fou (toute première planche de la série) jusqu’à aujourd’hui nous permet de voir l’évolution et la recherche appliquée de ce grand artiste du 9ème art; un artiste qui se refuse à reproduire constamment la même formule.

Avec ce nouvel opus, Dorison donne un nouveau souffle à cette série pourtant encore très vivante (Rosinski lui applique une formule qui m’apparaît inspiré par les modèles Marvel et DC : l’univers et la grande saga centrale se déclinent maintenant dans trois collections parallèles à la série centrale) et Rosinski se présente encore comme un artiste d’une importance majeure par sa créativité et son talent. Que les puristes, qui prétendent que plus rien d’intéressant n’arrive au Northland depuis le départ de Jean Van Hamme, nous pardonnent : ce 35ème album est, à notre avis, une bien belle réussite.

Jérôme Vermette

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