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Maggie Nelson : «Autobiographie d’un procès»

9782364682702
Une Partie rouge | Éditions du Sous-Sol

Autobiographie d’un procès

En 2004, alors que Maggie Nelson prépare la publication imminente d’un recueil de poésie revisitant le meurtre de sa tante, sa famille reçoit un appel téléphonique bouleversant. Trente-cinq ans après le violent assassinat de Jane Mixer, en 1969, on leur annonce la réouverture de l’enquête, encore irrésolue. Étant donné les avancées technologiques sur l’analyse des empreintes génétiques, des preuves accablent un nouveau suspect, dont le crime présumé avait été imputé jusqu’à présent à un tueur en série assez publicisé à l’époque. Ainsi Une Partie rouge œuvre sous-titrée « Autobiographie d’un procès », retrace d’abord comment l’auteure et son entourage ont vécu ce procès et l’engouement qu’il suscite dans les médias. Mais au-delà de la fascination morbide créée par l’examen d’un homicide doublé d’un tel revirement de situation, au-delà de la valeur policière du récit, ce que Maggie Nelson nous livre – avec une honnêteté déconcertante – ce sont ses états d’âme.

Bien qu’elle ne l’ait jamais côtoyée de son vivant, Nelson s’identifiait beaucoup à sa tante, qu’elle a appris à connaître en lisant et relisant ses cahiers personnels. Écrire un recueil de poésie à son propos, qui plus est de son point de vue à elle, veillait à la pérennité de cet épisode de l’histoire familiale que tout le monde taisait. Dans Une Partie rouge, la mémoire de Jane est ravivée, mais cette fois-ci Nelson s’attache plutôt à décrire l’affaire juridique en détail, suivant une volonté cathartique de tout consigner qu’elle s’explique mal. En voulant exorciser ces évènements, en ayant le désir de le faire d’une façon plus ou moins objective, elle replonge au contraire dans son enfance et en raconte certains moments formateurs. Elle le fait d’ailleurs avec une facilité étonnante, en trouvant les mots pour que le lecteur, qui n’a pas vécu quelque chose d’aussi traumatique, puisse tout de même se retrouver à travers les pages, s’identifier dans certains souvenirs. C’est là que réside toute la puissance d’Une Partie rouge: sous l’effet de la sensibilité d’une autre, nos propres fantômes renaissent.

Anne-Marie Bilodeau

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Les chroniques d'Anne-Marie, Romans, Suggestions de lecture