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Lire l’absurdité du monde

Lorsque tombe l’effervescence du temps des Fêtes, le retour à la normale, au travail ou à l’école, n’est pas toujours simple. Lorsque l’actualité géopolitique et les faits socio-économiques se mettent de la partie, voilà bien de quoi sombrer dans la morosité. À n’en pas douter, la lecture fait œuvre à la fois d’échappatoire et de catharsis. Je te propose donc ici, ami lecteur, quelques livres qui sont autant de plongées dans la folie de notre temps que de regards pleins d’espoir jetés vers l’avenir. Une nouvelle décennie commence : que l’on s’y jette dans la fête!


9791030702941
Au diable vauvert
Suddain, Matt
49,95$

Chasseurs et collectionneurs de Matt Suddain

Dire que la lecture de ce roman de science-fiction est savoureuse relève de l’euphémisme. Le protagoniste principal, Jonathan, est un critique de restaurants, mais il préfère le titre de gastronomiste médico-légal. Pendant des années, il parcourt le Cloud sous le pseudonyme du Tomahawk. Ses critiques deviennent célèbres, pour le meilleur comme pour le pire, et il découvre rapidement que l’on ne se fait pas que des amis dans ce métier. Toutefois, avant de mettre fin à sa carrière, le Tomahawk rêve d’un repas à l’Undersea, un restaurant mythique : pour trouver le lieu, il faut avoir été invité.

Écrit de façon épistolaire, le roman truculent de Matt Suddain est, dans ses premières pages, quelque peu déroutant. Mais une fois qu’on a saisi les grandes lignes dont le protagoniste, un dandy hautain et à l’humour caustique, nous parle nous sommes bien attachés pour un space opera déviant et de haute voltige. La carrière du Tomahawk défile, au début du roman, à la vitesse-lumière… jusqu’à ce moment où il entend parler de l’Undersea… et le roman change alors de registre, de vitesse et se teint d’un noir digne du vide sidéral.

Roman divertissant, certes, mais aussi au final une critique menée sur les chapeaux de roues à propos des technologies de l’informatique et, plus spécifiquement du transhumanisme. Un met de choix!


9782922827927
Mécanique générale
Archambault, Brigitte
29,95$

Le Projet Shiatsung de Brigitte Archambault

Pour sa toute première bande dessinée, l’artiste et graphiste Brigitte Archambault s’est aussi intéressée au phénomène des technologies informatiques, plus particulièrement à l’ubiquité des écrans dans nos vies. Son récit, une allégorie glaciale et terriblement coup-de-poing, ne peut laisser indifférent.

Tout au long des planches de cette bande dessinée, nous suivons le quotidien d’une jeune femme qui coule des jours paisibles, en fait ennuyants serait plus juste, sous la gouverne bienveillante de Shiatsung, sorte d’ordinateur qui lui apprend tout ce qu’elle doit techniquement savoir. Nous apprenons que Shiatsung organise ses repas et lui a même enseigné comment devenir propre! Toute sa vie s’est déroulée dans une maison, dans une cour murée. La curiosité étant le propre de l’humain, la femme tente de déjouer Shiatsung pour découvrir ce qu’il y a de l’autre côté des murs.

Le style graphique, presque froid, de Brigitte Archambault n’est pas sans évoquer, à mon avis, celui des modes d’emploi et du graphisme de propagande du milieu du XXème siècle. Il est parfaitement au diapason des événements qui se déroulent sous nos yeux. L’auteure, avec une précision mécanique qui donne parfois froid dans le dos, nous oblige à regarder ce que peut donner une vie totalement abandonnée à la dictature de l’écran, une vie que l’on a laissée se déresponsabiliser de tout. Que Shiatsung soit une représentation de ces soi-disant « maisons intelligentes » doit nous rappeler qu’il ne s’agit pas ici de pure fiction. Un livre remarquablement bien réussie.

Ce genre de lecture nous fait réaliser notre impuissance devant l’absurdité du monde et peut nous faire perdre espoir. Je me permets ici de rappeler l’article de mon collègue Alexandre Laliberté sur l’essai Les batailles d’Internet de Philippe Grosbois, publié chez Écosociété (pour un rappel, c’est ici). L’essai de Grosbois est passionnant et n’est pas teinté par la technophobie. Une lecture que je recommande.


9782895963080
Lux Éditeur
Dupuis-Déri, Francis
19,95$

Nous n’irons plus aux urnes de Francis Dupuis-Déri

Pour éveiller le désir de passer à l’action, voici deux essais parus cet automne qui livrent une intéressante réflexion sur notre monde.
Francis Dupuis-Déri a donné, avec Nous n’irons plus aux urnes, la suite logique de ses revendications anarchistes. Pour l’auteur, nous vivons dans un simulacre de démocratie, notre « devoir » – car c’est bien ce dont on parle généralement : voter est un devoir de citoyen – ne s’exerçant que pour déterminer qui décidera pour nous. Notre déresponsabilisation a atteint un tel point que même l’agenda politique des campagnes électorales est déterminé par les candidats. Plus qu’un appel au boycott des élections telles que nous les vivons aux quatre ans, il s’agit aussi d’une réflexion sur la démocratie et les différentes possibilités d’exercice de la citoyenneté. Lecture extrêmement stimulante, le brûlot de Dupuis-Déri est un appel à l’action et un dialogue entamé par l’auteur auprès de ceux qui croient à une plus grande liberté.


9791020906991
Les liens qui libèrent
Hodgkinson, Tom
16,95$

L’art d’être libre dans un monde absurde de Tom Hodgkinson

Autre anarchiste convaincu, Tom Hodgkinson propose, dans son petit livre L’art d’être libre dans un monde absurde, près d’une trentaine de conseils pour sortir de la grisaille imposée par la triste trilogie métro/boulot/dodo. Certes, certains sont plus simples (faire son propre jardin) que d’autres (oublier sa dette); il m’arrive également de ne pas toujours être d’accord avec lui sur certains points. Mais Hodgkinson insiste : c’est dans la fête et le partage, dans le travail pour soi et dans l’oisiveté que la vie devient fertile, effervescente. Influencé par les philosophes du courant anarchiste, tirant réflexion de l’exemple médiéval et réglant ses comptes avec le puritanisme, Tom Hodgkinson a écrit un essai festif et, par moment, lapidaire si vous avez le malheur de travailler dans la City… Un livre à lire dans un hamac, la cigarette au bec et une bière à portée de main!

Jérôme Vermette

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