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L’imparfaite amitié de Mylène Bouchard

9782924519394
Bouchard, Mylène – L’imparfaite amitié / La Peuplade

Périphrase de l’amour

couverPuisque celui-ci s’exprime maladroitement, toujours dans l’incomplétude et l’hésitation. Il faut beaucoup d’humilité et de doigté pour parler d’un tel sentiment sans en réduire la complexité à trop de clichés. C’est le pari que relève, à mon avis, L’imparfaite amitié, de Mylène Bouchard. Avec ce roman, l’auteure et éditrice de La Peuplade livre un récit enveloppant et bien accordé qui réactualise le discours autour d’un sentiment universel et inépuisable.

Le roman offre l’incursion dans l’intimité d’une femme, celle qui se voit un soir dans les yeux de sa fille et pour qui la transmission de son expérience devient alors un impératif. En résulte cette correspondance-confidence d’une mère pour sa fille, qui donne à appréhender le parcours de la femme libre et amoureuse qu’elle a été et qu’elle cherche à être encore. Le geste de l’écriture devient catharsis et permet à celle-ci de faire le point sur ses émois passés, ses pulsions, ses détours, ses rencontres heureuses et ses coups de gueule. S’ajoutent aux lettres, empreintes d’une délicate féminité, des parenthèses poétiques ou essayistiques, des listes ou encore des « tableaux typographiques », qui amènent la réflexion à déborder le cadre plus traditionnel du roman.

Mylène Bouchard laisse son personnage se questionner librement sur sa façon, d’abord, de désirer, puis de consommer l’amour – de tout vouloir. Quels en sont les limites, les extases, les embûches, les dégâts? À quels exils consentons-nous par amour? Qu’affrontons-nous avec courage par amour? Quels mensonges inventons-nous par amour? Puisque le récit fait également la part belle aux hasards du quotidien, la protagoniste dénombre les résolutions mais aussi les coups de dé qui l’ont guidée sur son chemin plutôt qu’un autre.

Avec le recul, une certitude s’impose : il faut aimer très fort, choisir et résister. Parce que « choisir, c’est s’inscrire dans la beauté de la durée. C’est encore ce qu’il y a, dans les relations humaines, de plus émouvant.i »


Cette femme s’appelle Amanda Pedneault. Elle naît 48 ans plus tôt dans une maison de l’Isle-aux-Coudres. Cette même nuit, le vieux bateau de chêne L’Amanda Transport, duquel elle héritera son nom, rend l’âme sur les berges dans un nuage de feu et de fumée. Cet événement, véritable tragédie marquant la fin d’une époque pour les Coudrilois, est d’ailleurs capté par le cinéaste Pierre Perreault. Son oeuvre Les voitures d’eau, le fleuve, la houle et l’esprit du navigateur, tout ça est très présent et donne au roman une texture métaphorique qui a le pouvoir de nous émouvoir.

La journaliste culturelle qu’Amanda devient écrit toutefois de Prague, terre d’accueil où elle réside désormais avec Milan, son amour tchèque et le père de ses deux enfants, Sabina et Finn. Elle y amorcera sa profonde réflexion sur ses amitiés imparfaites et son couple qui s’effrite. Elle ira jusqu’à faire un pacte avec elle-même, devant le tableau qu’elle s’est promis de ne jamais posséder, dans cette toute nouvelle galerie d’art. Dès qu’il sera vendu, elle partira, elle « mettra le feu » – elle se choisira. Il faut vraiment lire ce roman, ne serait-ce que pour voir L’Amanda flamber une deuxième fois.

Virginie StPierre

i Mylène Bouchard, L’imparfaite amitié, La Peuplade, Chicoutimi, 2017, p. 12.

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