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Aphélie de Mikella Nicol

9782924491232
Aphélie | Éditions du Cheval d’août

La violence des sentiments amoureux

« La séduction de Mia avait été tout aussi violente et illusoire que la mienne. Elle m’avait permis de croire qu’on retrouverait ensemble cette fille envolée. Qu’il était possible de se relever de la violence, possible de se sauver. Et moi, j’avais laissé tout le reste mourir. »

AphelieEntre un emploi de nuit au sein d’une compagnie de télécommunication et les journées passées à errer dans un appartement trop blanc, Aphélie masque sa mélancolie sous le visage de l’ivresse. C’est l’été, un été caniculaire, étouffant, à l’image de la langueur de son quotidien, et chaque vendredi elle retrouve son ami Louis au comptoir du bar où ils ont leurs habitudes. Puis Aphélie rencontre Mia.

Troublée par la puissance de son désir pour cette femme, Aphélie réévaluera son existence au cours des semaines suivantes en réalisant que sa relation confortable avec Julien ne la satisfait plus. Lorsque s’ajoute à ces angoisses la disparition d’une personne qu’elle croit avoir aperçue un jour auparavant, la narratrice perd ses repères, jusqu’à ériger en symbole cette jeune femme volatilisée. Dès lors obsédée par les segments du téléjournal qui la concernent, Aphélie en viendra à projeter son propre mal-être sur cette inconnue, en fantasmant sur la liberté que lui procurerait, à elle aussi, une fuite délibérée.

Toujours à demi-mot et d’un style déjà mature et maîtrisé, Mikella Nicol trace dans son deuxième roman le portrait d’une femme blessée qui n’arrive à exister qu’à travers le regard des autres. En cherchant l’approbation des hommes qui l’entourent, Aphélie se met dans des situations de vulnérabilité d’où elle sort meurtrie et humiliée, ce qui ne l’empêche pas, à tout coup, d’espérer qu’elle y trouvera un jour son salut. À mesure qu’elle se livre, une violence insidieuse s’installe progressivement, voilée par une poésie laissant croire que le roman traite d’un amour naissant. Court mais extrêmement dense, Aphélie gagne ainsi à l’analyse en se faisant le miroir d’une société qui, en lui donnant d’autres noms, banalise la violence faite aux femmes.

Anne-Marie Bilodeau

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Les chroniques d'Anne-Marie, Romans, Suggestions de lecture

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