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David Goudreault et la voie de la violence

9782760411708
La bête à sa mère | Éditions : Stanké

David Goudreault et la voie de la violence

couv-livre« Ma mère se suicidait souvent. » Déjà, on comprend que tout ne peut qu’aller mal pour l’antihéros de La bête à sa mère, le premier et excellent roman de David Goudreault.

En effet, le narrateur annonce, dès le début, qu’il est suspecté du meurtre d’une personne encore non identifiée. Tout le roman sera consacré à sa version des faits, à sa description d’une vie qui aurait difficilement pu mener à autre chose qu’à la violence.

Issu d’une famille dysfonctionnelle, le personnage raconte son enfance marquée par les problèmes psychologiques de sa mère et par l’absence de son père. Ces troubles familiaux amènent les services sociaux à le séparer de sa mère pour l’envoyer vivre en famille d’accueil, ce qu’il perçoit immédiatement comme une attaque de la part de la société. Après avoir connu plusieurs familles d’accueil en raison de ses comportements dérangeants, il finit par atteindre l’âge adulte, malgré son esprit d’adolescent frustré et blessé. Son but, désormais, est de retrouver sa mère, coûte que coûte.

On assiste, dans ce roman, à la lente progression de la rage et de la violence chez le personnage. Dès l’enfance, il s’en prend aux animaux et, plus tard, il tentera de réprimer son amertume à l’aide de l’alcool, de la drogue et des jeux. Il s’enfonce peu à peu dans le crime : ses délits se multiplient et s’aggravent. En plus de son comportement déviant, sa perception déformée de la réalité, surtout dans ses relations interpersonnelles, donne lieu à des situations aussi troublantes qu’étrangement amusantes.

Il aurait été facile de traiter avec gravité et sensiblerie un sujet aussi délicat que le chemin menant à la délinquance. Or, l’auteur parvient à dépeindre avec un humour bien choisi ce personnage révolté et déchu. Par ailleurs, les critiques volontairement exagérées formulées par le personnage, visant certains travers de la société, contiennent souvent un fond de vérité et révèlent que celui-ci possède plus d’esprit qu’il ne le laisse paraître. De la même façon, son langage impeccable et ses référents culturels (parfois délibérément erronés) mettent en évidence toutes les contradictions de ce personnage marginal.

L’expérience de David Goudreault en travail social l’a certainement inspiré dans sa création d’un protagoniste aussi réaliste. C’est sans complaisance que nous est présenté le parcours de ce jeune délinquant, mais toute sa misère, même si elle n’est pas perçue comme telle par le principal intéressé, nous porte à ressentir de l’empathie pour lui et à « comprendre » ce qui a pu le mener à commettre autant de crimes. En ce sens, le narrateur vise juste, dès la première page : « Je me livre à cœur ouvert. Ça ne changera rien, peut-être. Peut-être tout, aussi. Si ça n’excuse pas mon geste, ça peut l’expliquer. »

On attend donc avec impatience le deuxième tome de cette trilogie (La bête et sa cage, avril 2016) et, d’ici là, on en profitera pour découvrir la poésie de cet auteur ayant remporté la Coupe du monde de slam poésie à Paris et ses trois albums, dont l’un a été réalisé avec la collaboration de Grand Corps Malade, entre autres. Enfin, on a bien hâte de voir la (possible) future adaptation de ce roman au cinéma par le réalisateur Simon Sauvé.

Stéphanie R.

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