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Alain Deneault – De quoi Total est la somme ?

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De quoi Total est-elle la somme? | ECOSOCIETE


couvertureTotal sera, tout au long du XXe siècle et encore aujourd’hui, le vecteur d’un colonialisme sauvage et déshumanisant partout sur la planète. En utilisant cette multinationale comme modèle d’une indigne pratique des affaires, Alain Deneault critique dans son dernier opus, « De quoi Total est-elle la somme? », l’ensemble de l’industrie des hydrocarbures lié à l’ultra-libéralisme économique.

En effet, c’est à un (essentiel) réquisitoire largement étoffé par une recherche approfondie et bien documentée que se livre le grand essayiste. L’histoire de Total débute durant la Grande Guerre, période durant laquelle la France connaît une pénurie d’hydrocarbure. C’est ce qui mène à la création de l’entreprise en 1924 (sous le nom de Compagnie française des pétroles) car le gouvernement français désire s’émanciper des entreprises anglo-saxonnes. Deneault nous fait découvrir les rouages d’une administration à la fois opaque (afin de masquer liens de l’entreprise avec les hommes d’état par exemple ou les placements effectués par celle-ci dans les paradis fiscaux, un thème cher à l’essayiste) et amorale.

De fait, par l’utilisation d’un vocabulaire péjoratif pour chaque têtes de chapitre, des verbes tels que « régir », « vassaliser » ou « polluer », l’auteur décrit dans le menu détail les pratiques scandaleuses de la multinationale et ses liens très serrés avec l’administration française dans un nombre impressionnant de dossiers. L’historique de la multinationale Total, à l’instar de nombre de ses consœurs majors (telles que Shell ou Esso) est entaché par les horreurs d’une exploitation sans bornes : colonisation de l’Algérie, exploitation sauvage des ressources gazières en Argentine, pollution au Nigeria, appui à la junte militaire birmane, etc.

Le lecteur, qui aura sans aucun doute de la difficulté à lâcher cet essai aussi passionnant que dérangeant, découvrira les liens scabreux de la famille Desmarais avec l’entreprise depuis le début des années 2000 ainsi que la façon dont le Canada participe, de manière honteuse, à une exploitation éhontée et écocide des hydrocarbures. Ceux qui auront lu certains des ouvrages précédents de Deneault, dont le très percutant « La médiocratie », revisiteront l’un de ses thèmes favoris et l’un de ses chevaux de bataille : la gouvernance ou, pour mieux dire, l’envahissement du langage politique par la pratique managériale. En bon lecteur de George Orwell, Deneault ne se gêne pas pour nommer des expressions telles que « parties prenantes » ou « acceptabilité sociale », des termes de novlangue entendus par tous ceux qui se sont frottés de près ou de loin à la politique. De même, Deneault démontre, à travers divers cas, dont un relatant l’explosion d’une succursale de Total à Toulouse, de quelle façon la multinationale utilise les vides juridiques et la complaisance de la classe libérale pour éviter les écueils de l’état de droit.

En grand essayiste, ses démonstrations se révèlent percutantes et bien documentées. Il évite avec beaucoup de bonheur la langue de bois (par exemple, en parlant du Premier ministre du Canada, il dira « le décoratif Justin Trudeau »!), ce qui rend son texte encore plus viscéral. Il demeure, à notre avis, l’un des rares auteurs actuels dont la lecture se révèle essentielle. Son dernier opus, « De quoi Total est-elle la somme? », est un autre coup de poing à la figure du pouvoir. Brûlant.

Jérôme Vermette«

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Essais, Les chroniques de Jérome

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