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propaganda

Fabriquer le consentement selon Bernays

9782895960638
Bernays, Edward
Propaganda | Lux

On pourrait attribuer la création de l’industrie des relations publiques à Edward Bernays. Considéré à juste titre comme l’inventeur du « spin », la manipulation des nouvelles et l’interprétation partisane des faits, Bernays défendait les vertus de la propagande dans une société démocratique. La trame de fond de son propos repose sur une interprétation particulière de l’Histoire : parallèlement à la progression de la démocratie et à l’extension du droit de vote se sont développés un outillage idéologique et un arsenal de techniques médiatiques permettant aux décideurs faisant partie d’un « gouvernement invisible » et des entreprises de préserver leur force d’influence.

Paru en 1928, Propaganda visait pour l’essentiel à « expliquer la structure du mécanisme de contrôle de l’opinion publique, de montrer comment elle est manipulée par ceux qui cherchent à susciter l’approbation générale pour une idée ou un produit en particulieri ». Serrons de plus près la notion de propagande. Comment peut-on la définir? Pour reprendre la formule de Bernays, la propagande moderne « désigne un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des évènements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupeii ». Si la manipulation mentale de masse est vue comme permanente, omniprésente (touchant tous les domaines relevant du social : la politique, la finance, l’agriculture, l’enseignement, etc.) et universelle, Bernays soutient qu’elle doit être prise en charge par les conseillers en relations publiques, lesquels veilleront à se servir des différents moyens de communication mis à leurs dispositions pour faire naître une idée dans la conscience des masses. L’auteur expose la nécessité de prendre en compte les manières d’agir, les doctrines et les opinions assurant un soutien populaire. S’appuyant sur la psychanalyse freudienne, l’auteur soutient que le propagandiste compétent comprend les mobiles cachés expliquant le comportement des individus et qu’il sait solliciter différents ressorts psychologiques comme le goût esthétique, le snobisme et la sollicitude maternelle.

L’exposé de Bernays portant sur l’importance de façonner la volonté du peuple a de quoi faire sourciller le lecteur contemporain évoluant dans le libéralisme des mœurs. Cependant, gardons à l’esprit que l’ouvrage de Bernays nous donne à voir un certain travail d’invention des représentations de la réalité sociale, plus particulièrement l’ordre social ou plutôt les acteurs sociaux et leurs rapports réciproques de domination et de hiérarchie. La vision du monde de Bernays, bien qu’antidémocratique et élitiste, n’est pas sans révéler une donnée anthropologique fondamentale : la société imagine et invente des représentations qui légitiment son pouvoir par l’intermédiaire de techniques, d’institutions et d’agents sociaux. L’auteur s’est contenté de poser quelques jalons dans un champ de recherches naissant, les relations publiques, ce qui expliquerait que son approche socio-historique n’a pas pris la pleine mesure des situations conflictuelles entre les pouvoirs concurrentiels, des discours contestataires des mouvements sociaux qui font craquer le ciment autoritaire de l’État, des pratiques et des consciences collectives, de la cristallisation des refus et des espoirs collectifs, etc. Propaganda demeure pourtant un des manuels classiques de l’industrie des relations publiques.

Alexandre Laliberté

iEdward Bernays, Propaganda, Montréal, Lux, 2008, p. 9.

iiIbid., p. 15.

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